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Traduire Trump : "casse-tête inédit et désolant" (Slate)

Par le - 15h33 - lu

Trump élu président, ce n'est pas seulement des inquiétudes sur son "extraordinaire présidence", c'est aussi un véritable "casse-tête" pour les traducteurs. Un "casse-tête inédit et désolant", même, pour Bérengère Viennot, traductrice, entre autres, à Slate. Dans un article publié le 14 décembre, Viennot explique ce que l'élection américaine va changer à son métier : "De déclaration-choc en tweet assassin, le discours et le ton de Trump s’est répandu et j’ai été amenée à le lire, l’écouter et le traduire de plus en plus. Et puis il a été élu. Le rythme des traductions de ses discours a accéléré. Et je me suis mise à me demander : mais comment je vais traduire ça ?"

Slate traduction

Slate, 14 décembre 2016

Qu'est-ce qui pose problème ? "Ce n'est pas une question de compréhension", explique Viennot, car contrairement à son prédécesseur, Barack Obama, "Trump est extrêmement facile à comprendre" : pas de second degré, pas de référence culturelle, et un vocabulaire "très simple, comparable, à la louche, à celui qu'est censé posséder un élève américain niveau 5ème". Viennot donne des exemples qu'elle analyse, comme cette interview au New York Times (qu'@si vous avait résumée) dans laquelle "son manque de vocabulaire apparaît évident très vite; dès lors qu'il s'agit de parler d'autre chose que de sa victoire, il s'accroche désespérément aux mots contenus dans la question qui lui est posée, sans parvenir à l'étoffer avec sa propre pensée".

Un vocabulaire "limité" pour une "pensée étriquée"

Trump, explique la traductrice, a dans sa besace un nombre restreint d'adjectifs, qu'il emploie sans cesse : "great" (répété à l'envi, notamment, sur son fil Twitter), "tremendous", "incredible", "strong", "tough", mais aussi "good" et "bad". Une répétition qui conduit à "une simplification, un appauvrissement du sens et de la réflexion". Ce qui ne facilite pas le travail de traduction : "Je ne traduis pas des mots, je traduis des pensées [...] En cassant les codes du discours, en utilisant un vocabulaire limité et une syntaxe hachée et décousue, cet homme politique [...] force le traducteur, il ME force, à réviser, à réduire et à appauvrir mon champ sémantique de travail".

Paradoxalement pourtant, dans le même témoignage, Viennot donne un exemple dans lequel elle-même a appauvri le vocabulaire de Trump. Dans une interview pour la chaîne de télévision américaine Fox News, Trump a déclaré : "You know, I'm, like, a smart person". Ce que Viennot, pour coller au style habituel, selon elle, du président élu, choisit de traduire par "Vous savez, je suis, heu, un gars malin, hein", plutôt que d'utiliser l'expression "une personne intelligente".

Au-delà du vocabulaire, se pose la question de la pensée de Trump : "On aurait pu croire que pendant sa campagne, Trump utilisait un vocabulaire basique pour toucher un électorat le plus vaste possible, et notamment celui qui se sent ordinairement exclu de la politique et méprisé par les élites", rapelle Viennot. Une stratégie qui, en soi, est "valable", estime-t-elle. Sauf que "dans le cas de Trump, ce n'était pas une stratégie; il est évident que son vocabulaire traduit une pensée étriquée".

L'exercice de traduction sera en tout cas complexe car "en fonction des choix de traduction de ceux qui seront chargés de transmettre la parole de Trump, il sera possible de le faire passer pour un sombre crétin, un crétin tout court, un orateur moyen ou un beau parleur". Et Viennot de conclure : "Gageons que les traducteurs russes, hongrois ou turcs ne feront pas les mêmes choix sémantiques que leurs collègues français, espagnols ou allemands, et ne renverront pas la même image de Trump que celle que je restitue."

L'occasion de revoir notre émission avec Noam Chomsky : "La campagne de Trump, une version vulgaire de celle d'Obama"


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