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Ne plus montrer le visage des terroristes : "Le Monde" revient sur sa position

Par le - 19h34 - suivi

Le débat continue. Après l'attentat de Saint-Etienne-de-Rouvray, où un prêtre a été égorgé, Le Monde et BFMTV avaient annoncé qu'ils ne diffuseraient plus les photos des auteurs d'attentats. Le Monde est depuis revenu sensiblement sur sa décision. De leur côté, Libération et Mediapart ont expliqué pourquoi ils continueraient à montrer le visage des terroristes.

Hier, 27 juillet, dans un long édito publié en Une, le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio affirmait que son journal ne publierait plus de photos de terroristes : "Pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume". Une décision forte pour le quotidien, rejoint quelques heures plus tard par la chaîne BFMTV, qui ne souhaitait pas, de son côté, "créer un trombinoscope des terroristes".

Plus de visages de terroristes dans les pages ou sur le site du Monde ? Dans un mail adressé à sa rédaction ce mercredi, évoqué dans un article publié sur le site du quotidien aujourd'hui, Fenoglio a tenu à préciser ses propos : "Cette demande porte principalement sur des images tirées de leur vie quotidienne ou sur celles, souvent prises par eux-mêmes, précédant leur passage à l’acte" écrit-il, avant d'ajouter : "Cette demande ne concerne pas les documents de type pièce d’identité, ou les images apportant différents type de preuves (par exemple capture écran attestant d’une présence à tel endroit, photo de groupe donnant des informations sur des proximités entre personnes ou réseaux), accompagnées d’explications, et/ou éventuellement recadrées."


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Les précisions du Monde

Le Monde aurait-il retourné sa veste, comme semble le penser sur Twitter le directeur adjoint de la rédaction de Libération, Johan Hufnagel ? En attendant d'en avoir le cœur net, le débat continue et les éditos pleuvent. Pour Laurent Joffrin, directeur de publication de Libé, cesser de publier les photos des terroristes est une fausse bonne idée. "Croit-on sérieusement qu’en étant privés d’image, les terroristes s’en trouveront modérés, ralentis, dissuadés ?", écrit-il dans un édito publié ce 28 juillet. "Dans leur pathologie criminelle, ils obéissent aussi à des mots d’ordre calculés. Nourrie de folie identitaire, de dogmatisme religieux, de haine antimoderne, leur pulsion meurtrière est aussi politique (...) Soyons réalistes : une photo publiée ou retenue ne changera rien à cette stratégie."


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Que faire alors ? "Mieux vaut, pour les citoyens, regarder la menace en face", selon Joffrin, "savoir à qui ils ont affaire, constater que les meurtriers qui commettent ces terribles forfaits ont aussi été des jeunes gens d’apparence inoffensive, semblables à tant de jeunes Français, issus ou non de l’immigration". Le directeur de Libé conclut son édito ainsi : "La meilleure résistance consiste aussi, en même temps que de lutter avec la dernière énergie contre l’entreprise terroriste, à faire fonctionner normalement les mécanismes de la démocratie (...) La liberté d’informer en fait partie. L’écorner, c’est déjà faire une concession au terrorisme."

"Faire face, avec distance"

Mediapart aussi continuera à montrer le visage des terroristes. Dans un édito également, le journaliste Antoine Perraud explique pourquoi. Selon lui, la mission des médias n'est pas de "garantir le regard" mais de "faire face, avec distance." "Le journalisme sombre dès qu'il part en mission, dès qu'il troque sa fonction pour une autre : justice naguère (affaires Alègre ou d'Outreau) ; moraliste prohibiteur aujourd'hui." "Un tel aveuglement collectif, décidé d’en haut, s’avère d’abord sociologiquement provocateur", estime Perraud qui, dans son "parti-pris", se questionne : "N'est-ce pas renvoyer davantage à son invisibilité un pan entier de la société, avec une violence symbolique décuplée parce que nationale, donc à même de favoriser des phénomènes d’identification au prétexte de les empêcher ?"

L'occasion de relire notre observatoire : "Le Monde et BFMTV ne montreront plus le visage des terroristes (mais l'AFP continuera)"


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