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Cambriolages : la guerre à la presse

Par le - 09h15 - le neuf-quinze

loup de carnaval

Cette fois, on ne plaisante plus. On aimerait bien, mais on ne peut plus. Disons les choses très simplement : il y aura un avant et un après les cambriolages d'ordinateurs de Mediapart, du Monde, et du Point. Le culot, le professionnalisme, et jusqu'à cette simultanéité, cette volonté manifeste d'intimider : ces cambriolages sont signés, et cette signature est glaçante. Quelle signature ? Ne nous avançons pas. Ils sont signés de professionnels, évidemment. Mais surtout, de professionnels certains de l'impunité. Et compte tenu de l'ampleur de la trangression qu'ils représentent, l'ordre, ou le feu vert, et cette garantie d'impunité, ne peuvent venir que de très haut.

C'est tout ce que l'on peut dire pour l'instant. Mais c'est déjà énorme. A ma connaissance, c'est la première fois en temps de paix, dans ce pays, qu'il est ainsi attenté à la liberté de la presse. En temps de paix ? Mais on n'y est plus. Les commanditaires de ces cambriolages viennent de déclarer la guerre à la presse. A toute la presse. Et donc à nous aussi, sur ce site. Je ne pense pas que nous soyions suspects de corporatisme. Mais si nous dénonçons les abus, les bidonnages, les complaisances des confrères, c'est précisément au nom de la liberté de la presse. On nous dira : et Mélenchon? N'avez-vous pas toléré les insultes de Mélenchon, contre Pujadas ou Ferrari ? Désolés. Ca n'a rien à voir. Quand Mélenchon et Tapie crient ou insultent des journalistes, ils sont dans le champ de la polémique légitime. On peut la juger comme on veut, salutaire, excessive, dégueulasse, mais elle est légitime. Les politiques ont le droit de nous insulter tant qu'on veut, nous la presse. On peut se défendre. Et même, tiens, les attaques du printemps contre Mediapart, site nauséabond, aux méthodes fascistes, tout ce qu'on voudra, étaient évidemment grotesques, mais entraient aussi dans le champ de la polémique légitime. Nous ne sommes pas intouchables. Mais contre les Arsène Lupin qui fric-fraquent sur ordre, nous ne pouvons rien.

La guerre nous est déclarée. On verra bien, dans la presse, qui la mènera, et qui regardera ailleurs. Patrick Cohen a commencé, à France Inter, en interrogeant Alliot-Marie sur les cambriolages. Très bien. Aphatie a enfoncé le clou au Grand Journal, devant un Xavier Bertrand marmoréen. Parfait. Je ne renie rien de ce que nous avons écrit ici mille fois sur Aphatie ou le Grand Journal, ou Le Point, mais quand les blés sont sous la grêle, tous les espaces, tous les concours, sont bons à saisir. Aux chers enfants de choeur du gouvernement, une seule question doit désormais être posée : "condamnez-vous les cambriolages dont sont victimes Mediapart, Le Monde et Le Point ?" Aucune autre, tant qu'ils n'auront pas répondu à celle-ci. Quiconque, détenteur d'une carte de presse, en tiendra un au bout de son micro, et le laissera repartir sans le sommer de condamner ces cambriolages, (ou prendre acte explicitement de son refus, de ses esquives), trahira sa mission d'informer. Et jettera une pelletée de terre sur l'état de droit.


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